Le sport écrit parfois des histoires si belles qu'elles en deviennent irréelles. Federica Brignone, 35 ans, porte-drapeau italienne, revenue d'une double fracture tibia-péroné subie en avril 2025 lors des Championnats d'Italie, a remporté ce jeudi matin le Super-G olympique sur l'Olimpia delle Tofane en 1:23.41, devant la Française Romane Miradoli (+0.41) et l'Autrichienne Cornelia Hütter (+0.52). La « Tigresse de La Salle » décroche à 35 ans son premier titre olympique individuel et la quatrième médaille olympique de sa carrière — dix mois après avoir craint de ne plus jamais skier. Miradoli, elle, offre au ski alpin féminin français sa première médaille olympique depuis l'or de Carole Montillet en descente à Salt Lake City en 2002. Vingt-quatre ans d'attente effacés en 1:23.82.
```La course a été marquée par une hécatombe sans précédent sur le tracé piégeux de Cortina : 16 abandons sur 42 partantes, soit un taux d'attrition de 38%. Parmi les victimes, des favorites majeures — Sofia Goggia, Breezy Johnson, Emma Aicher, Ester Ledecka, Nina Ortlieb. Un Super-G de sélection naturelle, dans des conditions de visibilité changeantes, qui a consacré les skieuses les plus lucides et les plus régulières.
- 🥇 Federica BRIGNONE (ITA) - 1:23.41
- 🥈 Romane MIRADOLI (FRA) - 1:23.82 (+0.41)
- 🥉 Cornelia HUETTER (AUT) - 1:23.93 (+0.52)
1ère médaille alpin féminin France depuis 2002
Brignone : la renaissance de la Tigresse
Il y a 341 jours, Federica Brignone gisait sur la piste des Championnats d'Italie à Moena, dans le Val di Fassa, le tibia et le péroné de la jambe gauche fracturés, le croisé antérieur rompu. La saison la plus accomplie de sa carrière — dix victoires en Coupe du monde, le globe du général, de la descente et du géant — venait de se fracasser dans la douleur. À onze mois de « ses » Jeux Olympiques, la Valdôtaine a craint le pire.
"J'ai eu peur de boiter toute ma vie, de ne plus pouvoir faire de sport, de ne plus avoir une vie normale", confiait-elle dans les semaines suivant l'accident. La suite est un récit de résilience acharnée. Opération avec pose de plaque et de vis, arthroscopie en juillet, rééducation sans relâche accompagnée par son frère Davide. Les premiers virages en novembre à Cervinia, puis deux courses de Coupe du monde en janvier — une sixième place en géant à Kronplatz, une 18e en Super-G à Crans-Montana — pour « tester la jambe, le mental, la douleur ».
Porte-drapeau à la cérémonie d'ouverture de San Siro sur les épaules d'Amos Mosaner, dixième de la descente le 8 février, elle se présentait ce matin sur l'Olimpia delle Tofane avec une ambition mesurée mais une détermination intacte.
Sur la piste, la magie a opéré. Sixième temps au premier secteur, septième au deuxième — un départ prudent qui aurait pu inquiéter. Puis Brignone a allumé les moteurs là où tant d'autres ont craqué : meilleur temps absolu dans les secteurs 3 et 4, là où le tracé piège et où la fatigue creuse les écarts. Une leçon de lucidité et de gestion de course, signée par la skieuse la plus expérimentée du plateau.
Avec cet or, Brignone porte son palmarès olympique à quatre médailles : bronze en géant à PyeongChang 2018, argent en géant et bronze en combiné à Pékin 2022, et maintenant l'or en Super-G à domicile. À 35 ans, elle signe l'un des plus grands exploits de l'histoire du ski alpin olympique. Le président de la République italienne Sergio Mattarella, présent dans les tribunes, a assisté en direct à la consécration de sa porte-drapeau.
- Federica BRIGNONE (ITA) - 1:23.41
- Romane MIRADOLI (FRA) - 1:23.82 (+0.41)
- Cornelia HUETTER (AUT) - 1:23.93 (+0.52)
- Ariane RAEDLER (AUT) - 1:23.94 (+0.53)
- Kajsa Vickhoff LIE (NOR) - 1:24.17 (+0.76)
- Laura PIROVANO (ITA) - 1:24.17 (+0.76)
- Elena CURTONI (ITA) - 1:24.18 (+0.77)
- Camille CERUTTI (FRA) - 1:24.44 (+1.03)
- Alice ROBINSON (NZL) - 1:24.44 (+1.03)
- Malorie BLANC (SUI) - 1:24.65 (+1.24)
Miradoli : l'argent qui brise la malédiction
Romane Miradoli, 31 ans, native de Samoëns en Haute-Savoie, n'avait jamais connu de podium olympique ni mondial. Quatrième au classement de Coupe du monde de Super-G cette saison, elle vivait la meilleure saison de sa carrière mais restait une outsider dans la hiérarchie olympique. Ce jeudi, la Française a réalisé, de son propre aveu, « la course de sa vie ».
"J'en ai rêvé, mais entre rêver et faire ce qu'il faut sur les skis pour arriver en bas... C'est magique !" s'exclamait-elle au micro de France Télévisions, encore sous le choc de sa performance. Les données sectorielles racontent un run d'une remarquable constance : 3 centièmes de retard au secteur 1, 8 centièmes au secteur 2, 18 centièmes au secteur 3, 12 centièmes au secteur 4. Jamais une erreur franche, jamais de décrochage — la définition même d'un Super-G propre et engagé. Quand les favorites tombaient les unes après les autres autour d'elle, Miradoli a tenu sa ligne.
L'argent de Miradoli met fin à 24 ans de disette pour le ski alpin féminin français aux Jeux Olympiques. Depuis l'or de Carole Montillet en descente à Salt Lake City en 2002, la France n'avait plus connu de podium olympique féminin dans la discipline. C'est la huitième médaille de la délégation française sur ces Jeux de Milan-Cortina.
Derrière Miradoli, les Françaises ont également tiré leur épingle du jeu : Camille Cerutti signe une belle 8e place ex aequo avec la Néo-Zélandaise Alice Robinson, tandis que Laura Gauché termine 12e. Trois Françaises dans le top 12 d'un Super-G olympique — une performance collective remarquable.
16 abandons sur 42 partantes (38%)
Principales victimes :
- Sofia GOGGIA (ITA) - En tête S2, sortie
- Breezy JOHNSON (USA) - Chute, championne olympique descente
- Emma AICHER (GER) - Sortie, double médaillée argent
- Kira WEIDLE-WINKELMANN (GER) - Sortie S1
- Ester LEDECKA (CZE) - Sortie
- Nina ORTLIEB (AUT) - Sortie
- Mirjam PUCHNER (AUT) - Sortie S2
- Valérie GRENIER (CAN) - Sortie
L'hécatombe de l'Olimpia delle Tofane
Le chiffre frappe : 16 abandons sur 42 partantes, soit un taux d'attrition de 38%. Ce Super-G olympique restera dans les annales comme l'un des plus sélectifs de l'histoire. Parmi les victimes, des noms qui pèsent lourd dans la hiérarchie mondiale.
Sofia Goggia a vécu un cauchemar éveillé. L'Italienne, médaillée de bronze en descente samedi, était la favorite annoncée sur « sa » piste de Cortina, forte de sa position de leader en Coupe du monde de Super-G. À mi-parcours, elle affichait le meilleur temps intermédiaire avec 68 centièmes d'avance au secteur 2. Puis est venue l'erreur fatale : trop engagée, trop rapide, elle s'est retrouvée hors trajectoire et a manqué une porte. La déception est immense pour celle qui rêvait d'or à domicile.
Breezy Johnson, championne olympique de descente sur ces mêmes Jeux, a lourdement chuté après avoir enfilé le bras dans une porte et perdu le contrôle — un scénario qui n'est pas sans rappeler la chute de Lindsey Vonn quelques jours plus tôt sur la descente. Heureusement, l'Américaine s'est relevée sans blessure apparente. Emma Aicher, double médaillée d'argent à Milan-Cortina (descente et combiné), a elle aussi été piégée par le tracé. Pour les États-Unis et l'Allemagne, c'est une journée noire.
Visibilité changeante : un Super-G à l'aveugle
Le tracé de l'Olimpia delle Tofane était magnifique — technique, fluide, avec de véritables choix de ligne à opérer. Mais les conditions de visibilité ont considérablement évolué au fil de la course. Le brouillard, de plus en plus dense dans la partie haute, a perturbé la lecture des trajectoires et les prises de repères, contribuant largement au nombre élevé d'abandons.
L'analyse sectorielle est éloquente. Le secteur 3, le plus technique, a été le grand départageur : Brignone y signe le meilleur temps, Miradoli le deuxième, et c'est là que les écarts se sont creusés de manière décisive. À l'inverse, le secteur 1 a vu Corinne Suter (11e) réaliser le meilleur temps absolu avec 41 centièmes d'avance, avant de s'effondrer dans les secteurs suivants — symbole d'une course où la régularité a primé sur les pointes de vitesse.
Malorie Blanc (SUI, 10e) illustre aussi l'impact des conditions : meilleure skieuse au secteur 2 derrière Goggia, la Suisse a perdu plus d'une seconde dans le seul secteur 3, probablement victime d'une dégradation de la visibilité au pire moment.
- Visibilité : Brouillard progressif partie haute
- Secteur 3 : Le grand départageur (Brignone + Miradoli meilleures)
- Taux d'abandon : 38% (16/42)
- Tracé : Technique, fluide, piégeux
L'Italie en fête, malgré Goggia
Trois Italiennes dans le top 7 — Brignone (1re), Pirovano (5e ex aequo), Curtoni (7e) — dans un Super-G olympique à domicile : la squadra azzurra peut se réjouir collectivement, même si la sortie de Goggia laisse un goût amer. Laura Pirovano a réalisé une course solide, malgré du temps perdu dans le secteur 1, pour accrocher un très beau top 5 partagé avec la Norvégienne Kajsa Vickhoff Lie. Elena Curtoni, qui faisait ses débuts olympiques individuels à 33 ans, termine 7e à 77 centièmes — une performance digne et élégante pour cette vétérane du circuit.
L'Autriche confirme sa profondeur
Cornelia Hütter (3e) et Ariane Raedler (4e, à un seul centième du bronze) confirment la densité autrichienne en vitesse. Raedler, déjà championne olympique du combiné par équipes sur ces Jeux avec Katharina Huber, continue sa moisson. Les deux Autrichiennes ont perdu du temps dans le secteur 1 mais ont su limiter la casse dans les passages techniques — un schéma de course intelligent sur un tracé aussi piégeux. Leurs compatriotes Puchner et Ortlieb n'ont pas eu cette chance, toutes deux sorties en cours de route.
- 🥇 Super-G Milano-Cortina 2026
- 🥈 Géant Pékin 2022
- 🥉 Combiné Pékin 2022
- 🥉 Géant PyeongChang 2018
4 médailles olympiques - 1er or individuel à 35 ans
341 jours après double fracture tibia-péroné
Et maintenant ?
L'or de Brignone résonne comme l'un des plus beaux exploits de ces Jeux de Milan-Cortina — et peut-être de l'histoire récente du ski alpin féminin. Revenue de l'enfer en 341 jours, la Valdôtaine a prouvé que l'expérience, la science de la course et la force mentale pouvaient encore triompher dans un sport de plus en plus dominé par la jeunesse et l'athlétisme.
Pour Miradoli, l'argent olympique change une carrière et ouvre une nouvelle dimension. La Française, qui n'avait jamais goûté au podium en grand championnat, s'inscrit désormais dans l'histoire du ski français aux côtés de Montillet, Jacot et Péronne. La perspective des Jeux de 2030 dans les Alpes françaises ajoute une saveur particulière à cette médaille.
Quant à Goggia, la frustration sera immense — mais la « Bergamasque » sait rebondir. Le géant n'est pas sa discipline de prédilection, mais on ne peut plus rien exclure sur ces Jeux où les scénarios semblent écrits par un romancier.
- 14 février : Géant dames (Cortina)
- 15 février : Géant hommes (Bormio)
- 16 février : Slalom dames (Cortina)
- 17 février : Slalom hommes (Bormio)
- 🥇 Brignone 35 ans : 1er or individuel, 341 jours après double fracture
- 🥈 Miradoli : 1ère médaille alpin féminin France depuis 2002 (Montillet)
- 🥉 Hütter : Bronze Autriche, Raedler 4ème (+0.01)
- 💔 Hécatombe : 16 abandons / 42 (38%)
- 😔 Goggia DNF : En tête S2, sortie - rêve brisé à domicile
- 😔 Johnson DNF : Chute, championne olympique descente
- 😔 Aicher DNF : Double médaillée argent
- 🇮🇹 Italie : 3 dans top 7 (Brignone, Pirovano, Curtoni)
- 🇫🇷 France : 3 dans top 12 (Miradoli 2e, Cerutti 8e, Gauché 12e)
- 🌫️ Conditions : Brouillard progressif, visibilité changeante