Sous un soleil éclatant qui baignait les pentes du Stelvio, Franjo von Allmen a inscrit son nom au panthéon du ski alpin en remportant samedi la première médaille d'or des Jeux olympiques de Milano-Cortina 2026. À 24 ans, le Suisse a dompté la redoutable piste de Bormio en 1:51.61, devançant de justesse l'Italien Giovanni Franzoni (+0.20) et le vétéran Dominik Paris (+0.50), qui offraient à l'Italie ses deux premières médailles à domicile. Dans un scénario digne d'un film, le jeune prodige helvète a répété son exploit des Mondiaux 2025, éjectant à nouveau Marco Odermatt du podium.
```Von Allmen : du financement participatif à l'or olympique
L'histoire de Franjo von Allmen pourrait servir de trame à Hollywood. À 17 ans, après la mort brutale de son père, le jeune skieur de Boltigen manquait de moyens financiers pour poursuivre sa carrière. Une campagne de financement participatif lui permit de continuer. Sept ans plus tard, il devient champion olympique lors de sa toute première course aux Jeux, rejoignant le cercle très fermé des cinq Suisses sacrés en descente olympique.
"Ça ressemble à un film", confiait-il au micro de NBC, encore sous le choc. "Comment imaginer mieux que de commencer les Jeux avec une médaille d'or ?" Sur le Stelvio réputé pour ses bosses traîtresses et ses changements de lumière, le Bernois a signé une descente quasi parfaite. À 145 km/h dans les passages les plus rapides, il a négocié avec une aisance déconcertante le mythique saut de San Pietro, s'envolant sur 50 mètres avant de retoucher terre à 140 km/h.
- 🥇 Franjo VON ALLMEN (SUI) - 1:51.61
- 🥈 Giovanni FRANZONI (ITA) - 1:51.81 (+0.20)
- 🥉 Dominik PARIS (ITA) - 1:52.11 (+0.50)
Première médaille d'or Milano-Cortina 2026
Franzoni : l'argent dédié à un ange disparu
Si von Allmen a écrit le scénario parfait, Giovanni Franzoni n'était pas loin d'en faire autant. À seulement deux dixièmes de l'or, l'Italien de 24 ans a décroché l'argent olympique dans une saison qui restera à jamais gravée dans les mémoires. Depuis décembre, tout s'est enchaîné à une vitesse vertigineuse : premier podium en Coupe du monde à Val Gardena, victoires à Wengen puis sur le mythique Streif de Kitzbühel. Une ascension fulgurante qui cache pourtant une immense douleur.
"Cette médaille est un rêve. Je la dédie à Franzoso", lâcha-t-il à Sky Italia, la voix chargée d'émotion. Matteo Franzoso, son ami proche, son ancien colocataire, est décédé en septembre dernier après un violent accident d'entraînement au Chili. À chaque course depuis, Franzoni skie avec ce souvenir chevillé au cœur. À Kitzbühel, il avait levé les yeux vers le ciel en franchissant la ligne. À Bormio, face au public de Lombardie dont il est originaire, il offrait à son ami disparu le plus beau des hommages.
"C'est le podium de mes rêves", ajoutait le natif de Manerba del Garda. "J'ai toujours admiré Dom. Partager ce moment avec lui, c'est incroyable." L'étreinte émouvante entre Franzoni et Paris à l'arrivée restera l'une des images fortes de ces Jeux. Pour l'Italie, c'est un moment historique : jamais auparavant la squadra azzurra n'avait décroché deux médailles en descente lors des mêmes Jeux olympiques.
Paris : enfin sacré après cinq olympiades
À 36 ans et à ses cinquièmes Jeux olympiques, Dominik Paris a enfin décroché la médaille qui lui manquait. Le "Roi de Bormio", détenteur du record absolu avec sept victoires en Coupe du monde sur le Stelvio, offrait à la foule italienne un finish de rêve. Meilleur temps dans la partie haute du tracé, le vétéran du Tyrol du Sud a signé une descente de pure classe pour arracher le bronze et, dans le même mouvement, éjecter Marco Odermatt du podium.
L'accolade qu'il a donnée à Franzoni quelques secondes après sa course, alors que le jeune Italien venait de réaliser qu'il montait sur le podium, illustre parfaitement la transmission entre générations. Paris, chanteur de heavy metal à ses heures perdues avec son groupe "Rise of Voltage", plaisantait après la course : "Je suis certainement meilleur skieur, mais si vous aimez le metal, je ne suis pas si mauvais."
- Franjo VON ALLMEN (SUI) - 1:51.61
- Giovanni FRANZONI (ITA) - 1:51.81 (+0.20)
- Dominik PARIS (ITA) - 1:52.11 (+0.50)
- Marco ODERMATT (SUI) - 1:52.31 (+0.70)
- Alexis MONNEY (SUI) - 1:52.36 (+0.75)
- Vincent KRIECHMAYR (AUT) - 1:52.38 (+0.77)
- Daniel HEMETSBERGER (AUT) - 1:52.58 (+0.97)
- Nils ALLEGRE (FRA) - 1:52.80 (+1.19)
- James CRAWFORD (CAN) - 1:53.00 (+1.39)
- Kyle NEGOMIR (USA) - 1:53.20 (+1.59)
Odermatt : le grand favori hors du podium
La déception de Marco Odermatt était palpable. Le quadruple vainqueur du globe de cristal général, grand favori de l'épreuve, a dû se contenter d'une cruelle quatrième place. Parti avec le dossard 7, le Nidwaldien s'est un instant retrouvé en tête avant d'être dépassé par von Allmen, puis éjecté du podium par l'irruption des deux Italiens.
Ce scénario rappelle étrangement les Championnats du monde 2025 de Saalbach, où von Allmen avait déjà pris le meilleur sur "Odi" en descente. Le Suisse garde intactes ses chances de briller en Super-G mercredi et surtout en géant, sa discipline de prédilection, où il partira largement favori.
Le Stelvio, juge impitoyable
Avec sa pente maximale de 63%, ses virages piégeux et son saut vertigineux de San Pietro, le Stelvio de Bormio justifie pleinement sa réputation de piste la plus redoutée du circuit. Dessinée dans les années 1980 par Aldo Anzi, ancien membre de l'équipe nationale italienne, elle réserve son lot de sensations fortes dès les premières secondes : les meilleurs atteignent 150 km/h quinze secondes seulement après le départ quasi vertical.
"C'est un mur", expliquait l'architecte du tracé à propos du saut de San Pietro. Les skieurs l'abordent à 100 km/h, s'envolent sur 50 à 60 mètres, et retouchent la neige à près de 140 km/h. L'Américain Bryce Bennett, 13ème samedi lors de ses derniers Jeux, avait confié avoir "subi un traumatisme" en descendant le Stelvio. Seuls 36 concurrents s'étaient alignés au départ, un nombre inhabituellement faible qui témoigne du respect qu'inspire cette descente.
- Pente maximale : 63%
- Vitesse de pointe : 145-150 km/h
- Saut San Pietro : 50-60m de vol, atterrissage à 140 km/h
- Dénivelé : 1023m (2268m → 1245m)
- Longueur : 3442m
- Record victoires : Dominik Paris (7, dont 6 descentes)
Les Américains en retrait
La délégation américaine espérait mieux pour l'ouverture des épreuves alpines. La surprise est venue de Kyle Negomir, 27 ans, qui a réalisé une superbe performance pour se hisser à la dixième place avec le dossard 27. "C'était fantastique", s'enthousiasmait le skieur du Colorado. "Le moment le plus fun qu'on puisse avoir à skier Bormio, et pouvoir le montrer devant un tel public après 25 ans d'entraînement, c'est exceptionnel."
L'émotion était ailleurs pour Bryce Bennett. À 33 ans, le vétéran livrait sa dernière course olympique sous les yeux de sa femme Kelley et de sa petite fille Kate. Treizième, il peinait à retenir ses larmes en zone mixte. Quant à Ryan Cochran-Siegle, médaillé d'argent en 2022, il n'a jamais trouvé le bon rythme et a dû se contenter de la 18ème place (+2.02). "Je n'ai probablement pas apporté assez d'intensité, assez de puissance", reconnaissait-il.
Crawford déçu, Hemetsberger courageux
Le Canadien James Crawford, neuvième, affichait sa frustration. "J'avais clairement le niveau pour gagner aujourd'hui, mais quelques erreurs m'ont coûté le podium. Sur un parcours aussi difficile, quand tu fais une faute, c'est très dur de revenir." L'Autrichien Daniel Hemetsberger, lui, mérite tous les éloges. Deux jours seulement après une chute violente à l'entraînement, il s'élançait en ouvreur de la course olympique et terminait septième (+0.97), signant la meilleure performance de son équipe.
Une journée parfaite à Bormio
Après les incertitudes météorologiques des jours précédents, le samedi 7 février a offert des conditions idéales aux skieurs. Soleil radieux, neige dure et parfaitement préparée, le Stelvio se présentait sous son meilleur jour. Seule ombre au tableau : la luminosité s'est légèrement dégradée en fin de course, pénalisant les derniers partants comme l'Italien Florian Schieder, seizième.
Parcours
- Nom : Stelvio
- Altitude départ : 2268m
- Altitude arrivée : 1245m
- Dénivelé : 1023m
- Longueur : 3442m
- Homologation : 12284/01/17
Conditions
- Météo : ☀️ Ensoleillé
- Neige : Dure
- Partants : 36
- Classés : 34
- Abandons : Muzaton (FRA), Sejersted (NOR)
Un symbole pour la Suisse, une explosion de joie pour l'Italie
Cette médaille d'or permet à la Suisse de conserver le titre olympique en descente masculine après le sacre de Beat Feuz à Pékin 2022. Von Allmen devient le plus jeune champion olympique de la spécialité depuis l'Autrichien Matthias Mayer, sacré à 23 ans à Sotchi 2014. Pour l'équipe helvétique, dominatrice aux Championnats du monde de Saalbach l'an passé, c'est un début de Jeux idéal.
Mais l'explosion de joie la plus intense résonnait du côté italien. Vingt ans après les Jeux de Turin 2006, l'Italie retrouvait les sommets olympiques du ski alpin sur ses terres. Les milliers de spectateurs massés au pied du Stelvio ont vécu un moment historique en voyant Franzoni et Paris monter ensemble sur le podium. Pour l'Italie du ski, un nouveau chapitre venait de s'ouvrir.
- 🏅 Franzoni & Paris : Première fois que l'Italie décroche 2 médailles en descente aux mêmes JO
- 🇨🇭 Von Allmen : 5ème Suisse champion olympique en descente
- 🎂 Plus jeune champion : 24 ans (depuis Mayer à Sotchi 2014)
- 🏔️ Paris : 1ère médaille olympique après 5 participations
- ⏱️ Écart record : 0.20 sec entre or et argent (très serré)
- 👥 Participation : Seulement 36 skieurs au départ
La suite des opérations
Les Jeux de Milano-Cortina enchaînent sans répit. Dimanche 8 février, place à la descente féminine à Cortina d'Ampezzo, où Lindsey Vonn tentera un retour historique. Les hommes retrouveront le Stelvio dès lundi pour l'épreuve par équipes mixtes, avant le Super-G mercredi 11 février où Odermatt partira en favori pour se racheter. Le géant, discipline de prédilection du Suisse, est programmé pour le 15 février.
Mais ce samedi 7 février restera gravé dans l'histoire comme celui où Franjo von Allmen, le gamin qui a failli tout abandonner à 17 ans, est devenu champion olympique. Celui où Giovanni Franzoni a rendu le plus bel hommage à son ami disparu. Et celui où Dominik Paris, après cinq olympiades, a enfin décroché sa médaille tant attendue. Sur les pentes vertigineuses du Stelvio, trois destins se sont croisés pour offrir au ski alpin l'une de ses plus belles journées.
- 8 février : Descente dames (Cortina d'Ampezzo)
- 9 février : Team Combined hommes (Bormio)
- 11 février : Super-G hommes (Bormio)
- 15 février : Super-G dames (Cortina)
- 15 février : Géant hommes (Bormio)
- 🥇 Von Allmen : Champion olympique à 24 ans, 1ers JO, après financement participatif à 17 ans
- 🥈 Franzoni : Médaille dédiée à Matteo Franzoso (décédé septembre 2025)
- 🥉 Paris : 1ère médaille olympique après 5 JO, "Roi de Bormio" (7 victoires CDM)
- 😔 Odermatt : 4ème, éjecté du podium, favori Super-G et géant
- 🇮🇹 Italie historique : 2 médailles descente mêmes JO (première fois)
- 🇨🇭 Suisse : Conserve titre olympique (Feuz 2022)
- 🇺🇸 Negomir surprise : 10ème à ses 1ers JO
- 💔 Bennett émotionnel : 13ème à ses derniers JO (famille présente)
- 🏔️ Stelvio mythique : Pente 63%, saut San Pietro 50m, 145 km/h
- ☀️ Conditions parfaites : Soleil, neige dure