État des Blessées
🇳🇴 Marte Monsen : Nouvelles Rassurantes
Après les images impressionnantes de son évacuation en traineau, le visage ensanglanté, les examens médicaux pratiqués à l'hôpital de Sion apportent un soulagement. "Compte tenu des circonstances, son état est satisfaisant, indique un communiqué de la Fédération norvégienne. Elle est de bonne humeur et rentre à son hôtel pour se reposer."
- Aucune blessure à la tête ou au visage constatée
- Douleur au genou : examens complémentaires en Norvège ce week-end
- Retour sur skis : "Trop tôt pour dire quand"
- Participation JO : Incertaine mais pas exclue
🇺🇸 Lindsey Vonn : Examens en Cours
Vonn a publié un communiqué sur Instagram quelques heures après son évacuation : "J'ai crashé aujourd'hui dans la descente en Suisse et me suis blessée au genou gauche. Je discute de la situation avec mes médecins et mon équipe et vais continuer à subir d'autres examens."
- Message positif : "Mon rêve olympique n'est pas terminé"
- Genou gauche blessé (l'autre genou que la prothèse titane)
- Examens complémentaires en cours
- Participation JO : Très incertaine, décision dans les prochains jours
- Vonn figure sur la start list du Super-G de samedi, mais son départ semble hautement improbable
🇦🇹 Nina Ortlieb
- Figure sur la start list du Super-G (dossard 22)
- Pas de communiqué officiel sur son état
Les prochaines 48 heures seront cruciales pour déterminer la participation de Vonn et Monsen aux Jeux olympiques de Milano-Cortina (6-22 février).
La descente féminine de Crans-Montana a été annulée vendredi 30 janvier après seulement six départs et trois chutes lourdes, dont celle de Lindsey Vonn. À une semaine des Jeux olympiques de Milano-Cortina, l'incident relance le débat sur la gestion des conditions dangereuses en ski alpin.
```Les faits : trois chutes en six départs
La course a tourné au cauchemar dès les premiers passages. Sur les six coureuses élancées, trois ont terminé dans les filets de protection. L'Autrichienne Nina Ortlieb (dossard 1) a chuté en haut du tracé, dans une zone qui se révélera particulièrement piégeuse. La Norvégienne Marte Monsen a ensuite violemment percuté les filets près de l'arrivée et a dû être évacuée en traineau, le visage ensanglanté.
La sixième et dernière partante, Lindsey Vonn, a chuté dans le même secteur qu'Ortlieb. La star américaine de 41 ans, favorite pour l'or olympique, a perdu l'équilibre à la réception d'un saut avant de terminer dans les filets, son airbag se déclenchant. Restée plusieurs minutes au sol, Vonn a pu redescendre sur ses skis mais s'est arrêtée à plusieurs reprises pour tenir son genou gauche, grimaçant de douleur. Elle a ensuite été transportée par hélicoptère à l'hôpital pour des examens, jetant un doute sur sa participation aux JO qui débutent le 6 février.
Entre ces crashs, seules trois coureuses ont franchi la ligne : les Américaines Jacqueline Wiles et Corinne Suter, ainsi que la Française Romane Miradoli. Peu avant 11h, soit près d'une heure après le premier départ, les organisateurs ont annoncé l'annulation définitive de l'épreuve.
- 6 départs au total avant annulation
- 3 chutes : Ortlieb (AUT), Monsen (NOR), Vonn (USA)
- 3 arrivées : Wiles (USA, leader), Suter (SUI), Miradoli (FRA)
- Taux d'élimination : 50%
- Monsen : Évacuée en traineau, visage ensanglanté
- Vonn : Évacuée par hélicoptère, douleurs genou gauche
- Annulation : 56 minutes après premier départ
Des conditions dégradées et une mauvaise visibilité
Les conditions météorologiques ont joué un rôle déterminant dans ce fiasco. Les chutes de neige se sont intensifiées au fil de la matinée, réduisant nettement la visibilité. "On ne peut pas voir, et c'est bosselé partout", a déclaré Romane Miradoli, l'une des rares à avoir terminé. Interrogée sur le danger, elle a ajouté simplement : "On ne pouvait tout simplement pas bien voir."
Peter Gerdol, directeur de course de la FIS, a justifié l'annulation par cette dégradation progressive : "Dans les dernières heures, la visibilité s'est de plus en plus détériorée. Les athlètes ne pouvaient plus reconnaître la bonne ligne."
À cela s'ajoutait un problème de neige. Les températures plus élevées que prévu ont rendu le manteau neigeux instable et mou, augmentant les risques de perte de contrôle dans les sections rapides. Wolfgang Maier, directeur alpin allemand, a toutefois nuancé : "La préparation n'est pas mauvaise, mais pas tout à fait uniforme, c'est un défi extrême." Il a attribué les chutes à des "erreurs individuelles de ski" plutôt qu'à la préparation de la piste.
- Visibilité : Mauvaise, chutes de neige
- Neige : Instable et molle (températures élevées)
- Piste : Bosselée, préparation inégale
- Dégradation : Progressive tout au long de la matinée
"On ne pouvait tout simplement pas bien voir" — Romane Miradoli (FRA)
Le rôle crucial de l'ouvreur, témoin de première ligne
Un élément mérite une attention particulière : l'avis de l'ouvreur (ou ouvreuse) qui a descendu le tracé après la chute de Vonn. Selon plusieurs sources, ce forerunner se serait prononcé contre la poursuite de la course. Ce témoignage revêt une importance capitale : contrairement aux organisateurs ou aux officiels de la FIS qui observent depuis le bord de piste ou les écrans de contrôle, l'ouvreur est le seul à tester réellement la piste et la visibilité dans les conditions exactes de la compétition, quelques minutes seulement avant les concurrentes, et à chaque reprise de course si l’interruption a été longue.
Polémique sur la décision de (re)lancer l'épreuve
La gestion de cette situation a suscité des critiques au sein du peloton. Les Allemandes Kira Weidle-Winkelmann ("C'est ridicule") et Emma Aicher, ainsi que l'Italienne Laura Pirovano, porte-parole des athlètes, ont exprimé leur mécontentement. Pirovano n'aurait apparemment même pas été consultée avant la décision, ce qui pose la question du rôle effectif des représentants des coureuses dans ces situations. Mais ces avis sont à relativiser parce qu’ils sont nombreux à s‘être exprimés pour une reprise de la course. Attentes répétées, frustration, entraînements annulés n’étaient pas forcément les meilleurs conseillers.
Ce point soulève une question de procédure essentielle. En cas de doute sérieux sur les risques d'une épreuve, l'usage veut qu'une consultation collégiale soit organisée, incluant les représentants des coureurs. Si la décision finale revient aux responsables de la FIS, cette concertation permet d'évaluer collectivement les dangers et d'éviter des prises de risques inconsidérées. L'absence apparente de cette consultation à Crans-Montana peut interroger. Toutefois la FIS ayant choisi la sécurité, il serait excessif de lui reprocher quoique ce soit à ce sujet.
L'histoire du ski alpin a connu des précédents où, faute de dialogue, les skieurs ont dû refuser collectivement de prendre le départ pour contraindre la FIS à annuler des épreuves jugées trop dangereuses. Ces situations extrêmes, observées notamment dans les années 1990 et 2000, avaient conduit à instaurer des protocoles de concertation. On aimerait ne pas devoir en revenir à de tels affrontements. En regard de l’Histoire du ski alpin, la décision était la meilleure.
Les avis restent toutefois partagés parmi les athlètes. Jacqueline Wiles, qui menait la course au moment de son annulation, a déclaré : "Ça ne ressemblait à rien de fou" concernant sa propre descente, tout en comprenant la décision finale : "C'est une dure journée. On devrait protéger tout le monde."
Aksel Lund Svindal, double champion olympique et entraîneur de Lindsey Vonn cette saison, a reconnu que "lancer la course ce matin était une décision difficile pour les organisateurs", tout en soulignant les dangers du parcours de Crans-Montana.
Critiques
- Kira Weidle-Winkelmann (ALL) : "C'est ridicule"
- Emma Aicher (ALL) et Laura Pirovano (ITA) : Mécontentes de la décision FIS
- Pirovano (porte-parole athlètes) : N'aurait pas été consultée
- Forerunner : Contre la poursuite de la course
Compréhension
- Jacqueline Wiles (USA) : "Ça ne ressemblait à rien de fou" mais "on devrait protéger tout le monde"
- Nina Ortlieb (AUT) : "Quand la meilleure skieuse, Lindsey Vonn, échoue aussi, cela montre bien que la piste est actuellement très exigeante"
- Aksel Lund Svindal : "Décision difficile pour les organisateurs"
Un seul entraînement, un facteur aggravant
Le contexte préalable à la course a également alimenté les interrogations. Les descendeuses n'ont bénéficié que d'un seul entraînement avant l'épreuve, le deuxième essai chronométré prévu jeudi matin ayant été annulé faute de temps suffisant pour préparer la piste. De surcroît, cet unique entraînement s'était déroulé sur un parcours raccourci, les coureuses s'élançant vendredi depuis un départ de réserve.
Cette préparation limitée sur un tracé réputé difficile, combinée à des conditions météorologiques incertaines, posait d'emblée la question de la prudence à adopter.
Une annulation justifiée, mais tardive
Sur le fond, personne ne conteste la nécessité d'avoir annulé la course. Avec un taux d'élimination de 50% (trois crashs sur six départs) et des conditions qui ne cessaient de se dégrader, poursuivre l'épreuve aurait été irresponsable. La sécurité des athlètes doit primer, surtout à une semaine des Jeux olympiques.
La question qui divise porte davantage sur le timing de cette décision. Fallait-il donner le départ initial dans ces conditions ? Aurait-il fallu annuler après le deuxième crash plutôt que d'attendre le troisième ? Nina Ortlieb, elle-même victime d'une chute, a d'ailleurs livré un témoignage révélateur : "Quand la meilleure skieuse, Lindsey Vonn, échoue aussi, cela montre bien que la piste est actuellement très exigeante."
Il est regrettable qu'il ait fallu trois chutes sévères et près d'une heure pour parvenir à un consensus sur l'annulation. Les blessures de Marte Monsen et les douleurs au genou de Lindsey Vonn, à quelques jours des JO, auraient peut-être pu être évitées avec une décision plus précoce, notamment en tenant compte dès le départ de l'avis du forerunner.
- ~10h04 : Départ Nina Ortlieb (dossard 1) → Chute haut du tracé
- Interruption 1 : 30 minutes après chute Ortlieb
- ~10h30 : Marte Monsen (NOR) → Chute violente près arrivée, évacuée traineau
- Interruption 2 : Traitement médical Monsen
- ~10h35 : Jacqueline Wiles (USA) → Arrivée (leader)
- ~10h37 : Corinne Suter (SUI) → Arrivée
- ~10h40 : Romane Miradoli (FRA) → Arrivée
- ~10h45 : Lindsey Vonn (dossard 6) → Chute même secteur Ortlieb
- Interruption 3 : Forerunner descend, avis négatif
- ~11h00 : Annulation définitive (56 min après début)
Un contexte émotionnel lourd
Cette épreuve de Crans-Montana se déroulait dans un climat particulièrement chargé émotionnellement. La station valaisanne avait été frappée un mois plus tôt par un incendie meurtrier dans le bar Le Constellation, qui avait coûté la vie à 40 personnes, majoritairement des jeunes, et blessé 116 autres lors de la nuit du Nouvel An.
En signe de respect, toutes les activités festives du week-end de Coupe du monde avaient été annulées, l'événement se limitant aux courses elles-mêmes et aux zones de spectateurs le long des pistes. L'ambiance devait être recueillie, loin de l'insouciance habituelle des compétitions.
Quelles conséquences pour les JO ?
L'état de santé de Lindsey Vonn cristallise toutes les inquiétudes. La descente olympique féminine est programmée le 8 février à Cortina d'Ampezzo, soit dans neuf jours seulement. Vonn, qui compte 84 victoires en Coupe du monde et a remporté l'or olympique en 2010 à Vancouver, réalisait un comeback spectaculaire après six ans d'absence et une opération du genou droit (prothèse partielle en titane). Elle avait décroché cinq podiums en cinq descentes cette saison, dont deux victoires.
Son entraîneur Aksel Lund Svindal a indiqué qu'elle avait été transportée à l'hôpital pour des examens par précaution : "Elle a des douleurs, donc c'est mieux de faire des contrôles. Le kiné a fait des vérifications qui semblaient OK, mais il y avait des choses dont il n'était pas sûr à 100%, donc c'était bien de les faire vérifier."
Au-delà de Vonn, l'état de Marte Monsen, évacuée sur civière, reste également préoccupant pour la Norvège.
- Âge : 41 ans
- Palmarès : 84 victoires CDM, or olympique 2010 Vancouver
- Comeback : Après 6 ans retraite, prothèse titane genou droit 2024
- Saison 2025-26 : 5 podiums/5 descentes (2 victoires, 1 deuxième, 2 troisièmes)
- Leader : Classement descente CDM avant crash
- Blessure : Genou gauche (l'autre genou !)
- JO : Descente 8 février Cortina (dans 9 jours)
- Cortina : 12 victoires CDM, terrain de prédilection
Vonn devait être l'une des stars des JO Milano-Cortina
Conclusion : un équilibre difficile entre sport et sécurité
L'incident de Crans-Montana illustre la complexité de la gestion des conditions limites en ski alpin de haut niveau. Les organisateurs, la FIS et les athlètes doivent constamment arbitrer entre le spectacle, les calendriers serrés, les enjeux sportifs et la sécurité des concurrentes.
L'annulation finale était indiscutablement la bonne décision. Mais l'épisode rappelle l'importance cruciale d'une communication efficace entre tous les acteurs – organisateurs, officiels, représentants des athlètes, et surtout les ouvreurs qui testent la piste en conditions réelles – et la nécessité de prendre des décisions préventives plutôt que réactives.
Dans un sport où les risques sont inhérents à la discipline, il est dommage qu'il faille parfois des chutes sévères pour parvenir à un consensus sur l'arrêt d'une épreuve. À une semaine des Jeux olympiques, cet événement pose une question essentielle : jusqu'où peut-on repousser les limites avant qu'il ne soit trop tard ?
Crans-Montana
- Samedi 31 janvier : Super-G dames (sous réserve conditions)
- Dimanche 1er février : Descente hommes
Jeux Olympiques Milano-Cortina 2026
- 6 février : Cérémonie d'ouverture
- 8 février : Descente dames (Cortina d'Ampezzo)
- 15 février : Super-G dames
- 3 chutes / 6 départs : Taux d'élimination 50%
- Vonn blessée : Genou gauche, participation JO incertaine
- Monsen évacuée : Traineau, visage ensanglanté
- Conditions : Visibilité nulle, neige instable
- 1 seul entraînement : Préparation limitée
- Annulation tardive : 56 minutes après début
- Rôle ouvreur : Seul témoin fiable des conditions
- Polémique : Pourquoi avoir lancé la course ?
- Consensus : Annulation justifiée, timing questionnable
- 9 jours avant JO : Timing catastrophique